Tous les employeurs en sont désormais conscients : un travailleur qui se sent bien au travail est plus performant et sera moins souvent absent. Mais que peut-on mettre en place pour favoriser son propre bien-être au travail ? Réponses avec Daphné Hirschfeld, spécialiste RH et Human Sense Maker chez Zen’to

C’est après un long parcours professionnel en tant que chef de projet, directrice des ressources humaines, consultante… que Daphné Hirschfeld s’est lancée dans l’accompagnement des entreprises vers le mieux-vivre professionnel. "Au fil de mes missions, j’ai eu l’occasion de collaborer avec les travailleurs, de les écouter", confie-t-elle. "J’ai constaté combien ils souffraient, et cela parfois, malgré les bonnes intentions de la direction. Cela m’a donné envie de les aider à mieux gérer leur relation au travail".

Comment favoriser le bien-être au travail ?

Tout d’abord, en remettant le travail à sa juste place. Se demander ce qui est vraiment essentiel dans sa vie et le temps qu’on consacre à ces éléments importants. Le stress vient souvent de tensions entre ce qui est important pour nous et la réalité, la vie qu’on mène. Nous utilisons un outil qui s’appelle la "roue de la vie" qui consiste à dessiner un grand cercle avec les différents axes importants pour chacun. On colorie ensuite les espaces en fonction du niveau de satisfaction, ce qui permet d’obtenir une visualisation graphique de là où on se trouve par rapport à ce que l’on voudrait être.

Le bien-être au travail est-il lié à l’espace qu’on peut libérer pour sa vie privée ?

Oui, clairement. Le burn out est d’ailleurs souvent lié à une implication trop importante dans le travail. Lorsqu’on est imprégné par celui-ci, on ne parvient pas à faire face aux problèmes qui surviennent ni à prendre le recul nécessaire parce qu’ils nous touchent de trop près.

En tant qu’employé, que peut-on mettre en place pour favoriser son propre bien-être ?

Imaginez que nous avons tous des batteries qui doivent être chargées à trois niveaux : physique, mental et émotionnel. Au niveau physique, il faut veiller à sortir de la sédentarité et bouger pendant la pause de midi, après le travail ou même pendant le travail. C’est aussi prendre soin de son alimentation et ne pas négliger le sommeil. Cela peut paraître un peu cliché, mais c’est la base. Nous sommes continuellement confrontés à des situations perçues comme stressantes : les horaires, les enfants, les embouteillages, l’actualité, etc. Si, de manière consciente, on ne réagit pas, notre système ne va pas se réguler tout seul et on risque de tomber dans le stress chronique.

Quelle est la différence entre le "mental" et "l’émotionnel" ?

Le mental, c’est ce que l’on pense et la façon dont les pensées influencent les émotions. Il s’agit de prendre conscience de nos pensées et de ne pas se laisser entraîner par elles. C’est un peu le discours de la pleine conscience. Plutôt que de repenser à quelque chose qui s’est produit hier oud’appréhender une situation qui aura lieu demain, mieux vaut se concentrer sur le présent, sur lequel on a vraiment une emprise. Un autre outil : se rendre compte qu’entre la réalité et soi, il y a des filtres de perception. Imaginez que vous vous fâchez avec un collègue et qu’il quitte la pièce. Vos filtres personnels vous inviteraient peut-être à penser que ce collègue réagit de manière agressive et vous manque de respect. Une autre façon de voir les choses serait de se demander ce que ce collègue cherche à faire comprendre ? Peut-être avait-il besoin de remettre ses idées en place, prendre du recul… Peut-être a-t-il lui aussi l’impression qu’on lui a manqué de respect. Quant à l’émotionnel, ce sont des ressentis physiques qui agissent pour nous comme un radar. On les gère, en apprenant à les reconnaître, les comprendre et les partager. On doit également veiller à un bon équilibre émotionnel : mettre des choses en place pour ressentir des émotions agréables (il en faut 3 pour contrebalancer une émotion désagréable). Par exemple, on dit que le meilleur remède contre le stress, c’est le lien social, même au sein de l’entreprise. Mais attention : pas n’importe quel lien social. Par exemple, beaucoup de travailleurs imaginent que cela leur fait du bien de partager leurs problèmes pendant la pause de midi avec leurs collègues. C’est une erreur !