Connaissez-vous des enfants difficiles ? Ceux qui font des crises dans les supermarchés parce que leur maman ne veut pas leur acheter de bonbons… Les terreurs de la classe qui tapent, hurlent, poussent les petits copains. Peut-être avez-vous ce genre de spécimen à la maison ? Oubliez les idées préconçues, c’est sans doute un enfant qui cherche à nous dire quelque chose. Mais quoi ? Réponses avec Isabelle Roskam, Docteur en Sciences psychologiques, Professeure en psychologie du développement à l’UCL Louvain.

Pr Roskam, qu’est-ce qui caractérise un enfant difficile ?

En fonction des gens, cette notion renvoie à des choses différentes. Les enfants dits « difficiles » que nous recevons en consultation présentent généralement un ou plusieurs de ces types de comportements : ils sont très agités et ne tiennent pas en place, ils sont dans l’opposition et aiment prendre systématiquement le contrepied de ce qu’on leur demande, ils provoquent et savent parfaitement ce qui vous agace et quand ça vous agace le plus, ils manifestent de l’agressivité en réaction ou de manière proactive, ils sont instables sur le plan émotionnel et ont des réactions démesurées et enfin, ils sont impulsifs et se mettent en danger assez facilement.

Ne s’agit-il pas de comportements que tous les enfants adoptent ?

En effet, tous les enfants, à leurs heures, sont un peu agités, opposants, agressifs… C’est tout à fait normal. En revanche, chez les enfants difficiles, ces comportements sont très intenses et très fréquents et ne leur permettent pas de s’adapter à une vie familiale ou à une vie scolaire. Les parents, l’entourage ou l’instituteur/trice s’en plaignent. L’ensemble de ces comportements sont d’ailleurs qualifiés de « troubles externalisés », car ils sont dirigés vers les autres. Les enfants peuvent également présenter d’autres troubles dirigés vers l’individu, qu’on appelle les « troubles internalisés », comme l’anxiété, un retrait social, une timidité très importante... Ces enfants-là sont peut-être aussi en souffrance, mais comme ils ne dérangent personne, nous les recevons moins en consultation. 

Ces comportements peuvent-ils être dus à un évènement déclencheur ?

Les enfants qui ont besoin d’un traitement sont des enfants chez qui ces comportements sont constants. En revanche, chez un enfant qui vit une période difficile, ces comportements se manifestent en réaction à cet évènement, et ne seront que passagers. Par exemple, quand les parents se séparent, l’agressivité et l’agitation peuvent augmenter, l’enfant dort mal, devient plus opposant, plus impulsif. C’est assez déroutant pour l’entourage, mais ça reviendra à la normale dans la plupart des cas. Les « vrais » enfants difficiles qui sont amenés à la consultation et qui ont besoin d’une prise en charge sont des enfants qui sont difficiles tout le temps, cela fait partie de leur fonctionnement.

Avec un tel comportement, l’enfant a-t-il quelque chose à nous dire ?

Oui, toujours. L’enfant n’est pas difficile pour rien. Le comportement, c’est la pointe de l’iceberg, sous laquelle on trouve des explications qui vont nous permettre d’aider l’enfant. On y trouve 4 grands facteurs explicatifs :

  • Ce sont des enfants qui présentent un léger retard de maturation cérébrale, au niveau des fonctions exécutives c’est-à-dire l’attention, la mémoire de travail et l’inhibition. C’est cette inhibition qui permet notamment de réfléchir avant d’agir. Heureusement, les fonctions exécutives se stimulent. Plus on les sollicite, plus elles se développent.
  • Le développement du langage : un quart à un tiers des enfants qui consultent ont un retard de langage, mais les parents ne s’en aperçoivent pas toujours parce que c’est difficile à détecter. Conséquences : les enfants ne comprennent pas bien ce qu’on leur veut et ne savent pas négocier. Par exemple, un enfant demande un bonbon à sa maman. Elle répond non. Sans le langage, l’enfant est frustré et il tape. Avec le langage, il est capable de négocier et de trouver un compromis.
  • Le manque de sécurité affective : certains enfants manquent de sécurité dans leurs relations avec les autres. Ils le manifestent en attirant systématiquement l’attention.
  • Les limites éducatives : les enfants qui ont de bonnes capacités d’autorégulation fonctionnent parfaitement bien dans les familles laxistes. Mais certains enfants ont besoin de limites claires. Chaque enfant est unique et ce qu’on met en place avec l’un, ne va pas forcément fonctionner avec l’autre.