L’endométriose est une maladie chronique qui touche 10 % des femmes en âge de procréer. Taboue, elle affecte celles-ci dans toute leur féminité : des premières règles au projet de grossesse. Le Dr Pierre-Arnaud Godin est gynécologue, spécialisé en endométriose, il déplore les diagnostics trop tardifs de cette maladie gynécologique et plaide pour que les femmes qui en souffrent soient véritablement reconnues.

Dr Godin, vous avez créé à Liège un centre multidisciplinaire spécialement dédié à l’endométriose. D’où est venu ce besoin?

J’ai toujours été sensibilisé à cette problématique. Plus jeune, je pratiquais la fécondation in vitro et je voyais arriver des patientes mal diagnostiquées, avec des parcours difficiles et une difficulté de prise en charge. L’endométriose est en effet une maladie qui ne peut pas être prise en charge uniquement par un gynécologue. C’est pourquoi nous avons décidé de réunir des gynécologues, chirurgien digestif, urologue, radiologue, psychologue,… pour pouvoir travailler de manière multidisciplinaire et structurée. Toute notre équipe est organisée autour de la patiente et est formée pour détecter, traiter et prendre en charge l’endométriose. 

Qu’est-ce que l’endométriose au juste?

L’endomètre est la muqueuse qui recouvre l’intérieur de l’utérus. Cette muqueuse est éliminée tous les mois, sous l’effet de la chute hormonale qui provoque les règles. Chez les femmes qui ont de l’endométriose, une partie de ce tissu, qui n’est pas éliminée par le corps, remonte par les trompes et vient se loger à l’intérieur du ventre. Ce tissu, composé de cellules vivantes, s’accroche alors sur le péritoine. Tous les mois, ces lésions progressent, agressent le corps et provoquent une réaction inflammatoire qui se traduit par de fortes douleurs.

Le symptôme principal est donc la douleur pendant les règles, mais n’est-il pas normal de ressentir des douleurs pendant cette période?

Il est normal d’avoir une certaine sensibilité abdominale, c’est-à-dire des douleurs qui permettent de mener une vie normale. Mais avoir des douleurs qui empêchent de se rendre au bureau, à l’école, qui nécessitent de prendre des doses importantes d’anti-inflammatoires… ce n’est pas normal ! Il faut dire que l’endométriose est très fort banalisée par les femmes, les mamans et même le corps médical. En Belgique, on estime qu’il faut 5 ans, entre le début des plaintes et le diagnostic d’endométriose. On fait passer le message que ces femmes n’ont pas mal, que c’est dans leur tête... C’est une maladie qui n’est pas reconnue et les femmes qui en souffrent font face à beaucoup d’incompréhension.

Quel est le traitement de l’endométriose?

Pour la jeune femme qui a des douleurs menstruelles importantes et qui ne répond pas à un simple traitement antidouleur, la pilule contraceptive est le premier traitement. Si les douleurs ne disparaissent pas, la laparoscopie est alors envisagée. Il s’agit d’une exploration de la cavité abdominale. De l’air est insufflé dans le ventre, on passe avec une caméra par le nombril, ce qui permet de visualiser les lésions d’endométriose et de les détruire au laser. L’endométriose provoque également l’infertilité. Aussi pour la femme qui a un projet de grossesse, on se dirige plus vite vers la laparoscopie. Les lésions d’endométriose sont alors éliminées, mais elles finissent toujours par revenir et ne disparaissent qu’à la ménopause.

Certains facteurs peuvent-ils favoriser l’apparition de l’endométriose?

Actuellement, beaucoup d’études sont en cours, mais il semblerait que l’environnement joue un rôle. Il s’agit d’une maladie inflammatoire et on pense que les substances toxiques de la modernité pourraient avoir une influence sur l’apparition de l’endométriose : la malbouffe, les perturbateurs endocriniens,... Prenons l’exemple de l’endométriose rétropéritonéale qui est une forme d’endométriose qui se développe sous le péritoine, à proximité du fond du vagin et est responsable de douleurs importantes pendant les rapports sexuels. C’est une sorte d’endométriose qu’on ne rencontrait pratiquement pas auparavant, mais qui est fréquente aujourd’hui. Des chercheurs ont mis la maladie en relation avec la dioxine. Et comme par hasard, on trouve beaucoup de dioxine dans les tampons hygiéniques. Personnellement, je suis convaincu que le fait de porter un tampon hygiénique favorise la résorption de la dioxine, qui se trouve dans ces tampons, et provoque ce type d’endométriose.